T’en Souviens-Tu Marie ?

 

 

 

Plusieurs fois la mort est venue dans ma vie,

Mais cette fois, c’est très fort que je l’ai ressenti.

Elle m’a prit souvent les êtres que j’avais chéris :

Si douloureux que cela a été, je m’en suis pas mal sortie.
Il y a peu de temps, c’est ma tante qu’elle a prit.

Je suis devenue comme orpheline, moi, « Sa Petite Marie ».

 

 

 

Je sais qu’elle est bien maintenant dans mon cœur :

Elle a sa place près des personnes qui m’ont donné du bonheur.

Elle qui tenait tant à une image parfaite à toute heure,

Et qui dans les derniers mois de sa vie a connu tant de malheurs.
Elle qui dans les yeux avait toujours cette superbe lueur,

Etait devenue quelqu’un qui attirait les pleurs.

 

 

 

Ce passage de la vie à la mort pour moi a été une drôle de sensation.
L’égoïsme de mes sentiments avait prit le pas sur la raison.
Elle était là, avec moi, et participait à nos conversations,

Qu’importe dans quel état, puisqu’elle avait toute sa raison.
J’avais juste oublié qu’elle souffrait, mais de cela aucun son.
De n’avoir pas vu plus tôt ce qu’elle endurait, je lui demande pardon.

 

 

 

J’avais accusé le coup, mais le jour de son enterrement,

Trop de choses me sont revenus en mémoire, ma mémoire d’enfant.
Depuis j’essaye de survivre presque désespérément,

Car avec elle est partie cette complicité que j’aimais tant.

Cette foule de souvenirs, de paroles, d’odeurs, de gestes d’antan.
Quand j’ai poussé la porte, je les ai tous revécu en tremblant.

Quand je pense aux Courtigeaux, c’est avec une grande sérénité.
Et en même temps je revois des flashs de mon passé.
Je grimpe à l’échelle ou dans le foin cherché les œufs cachés,

Les balades sur ce sympathique cheval de trait « Coquet »,

Je vais chercher les moutons dans le pré en criant « Pitatè »,

Je fais la pâtée du cochon dans un énorme baquet …   

 

 

 

Je peux vous raconter pour chacun une histoire complète,

Car pour chacun, des gestes et des paroles, j’en ai plein la tête.
La moindre chose de là-bas ouvre en moi une cassette,

Et si je commence à raconter, il faudrait qu’on m’arrête.
On pourrait croire alors que je viens d’une autre planète,

Du simple vent dans les arbres, je pourrais en faire une opérette.

 

 

 

Le couder derrière, le pré avec la grande tante des voisins,

La source où l’on prenait de l’eau sur le bord du chemin,

Le tracteur, assise à côté de Claude, maintenue des deux mains.
Les champs, les noyers, les figuiers, dans l’odeur du matin.
La joie que l’on partageait lorsqu’on faisait les foins.
Chaque jour était un événement, mais aussi le lendemain.

 

 

 

 

La maie, les lapins dans leurs clapiers, la charrue

Le tas de fumier, le puits, sans oublier Caroline la tortue.

Les discussions avec Gaby sur les marches où ou milieu de la rue

L’horloge, les patins du parquet, la couette que l’on avait au-dessus.

La mêlée, la graisse sur le pain à 10H quand on en pouvait plus.
Le coin de la cheminée, Quetty la chienne que l’on a bien connu.

 

 

 

 

 

Pêle-mêle, j’ai tellement de moments à raconter.

Depuis chez papi et mamie, les 4 Km qu’on parcourait à pied.

Jean-Paul et son cri de raillerie « snif snif le disque rayé ».

Le pont de Madame, St-Jean de Cole,  les balades qu’on faisait.

Le samedi matin, le marché où l’on allait à Thiviers.

Oui, des voyages dans ma tête j’en ai par milliers.

 

 

 

Des odeurs et des bruits aussi il m’en vient à foison.

Du café que Claude faisait quand nous débarrassions.

De cet orage en milieu de la nuit et en pleine saison.

De la paille, des vaches, des étables que nous nettoyions.

Des soupes aux crêtes de poules, de chabrol que nous faisions.

Mais aussi de la tinette au fond de la cour où nous allions.

 

 

 

C’est tout cela qu’il me manque maintenant

Et plein d’autres choses encore, mais je n’ai pas le temps…

Une vie ne peut être écrite en quelques lignes en courant.

Et quelques mots ne suffisent pas à décrire tous les moments.

J’ai tant de chose en moi, enfoui tout en dedans.

Tant de chose à partager et d’autres pour moi seulement.

 

 

 

Claude était le fils qu’elle n’avait pas eu de la vie.

Moi, comme elle le disait, la fille qu’elle avait eue envie.

C’est tout naturellement que je le considère comme un frère, un ami.

Et c’est à travers lui maintenant que mon enfance reprend vie.

Car même si c’est dur, la vie continue et c’est mieux ainsi.

De cela et d’autres choses aussi, je m’en souviendrai, moi, « Petite Marie ».

     

                                                                                            Babeth.