LE METIER

 

Transport du linge.

            La laveuse appelée vient prendre livraison a domicile du linge a laver.  Elle fait garnir le cahier de lessive par la maîtresse de maison car peu savent lire et écrire.  Le linge est enveloppé dans un sorte de grande serpillière, une « serpiliro », formant un ballot qu’elle portait sur son dos et maintenu par un lien ceinturant son front. Si le poids est trop lourd, la lavandière emploie une brouette ou bien un «  charretou ».

 

Préparation du linge.

        Sur le lieu de travail, protégée par un tablier de grosse toile, elle mouille le linge pour l’assouplir, donc le trempe une première fois dans l’eau de la rivière et le savonne sur les traces de crasse puis il est légèrement égoutté sur un tréteau avant d’être transporté dans la « bujadorio » (la buanderie) .

 

Cuisson du linge.

Le rez-de-chaussée des lavandières est en général équipé pour son travail comme suit : dans le fond, sur un muret de briques abritant une cheminée basse un fourneau est aménagé sur lequel est posée une chaudière que l’on garnie d’eau et que l’on fait chauffer

        A coté, sur un petit banc, se trouve une assez grande cuve la  « bujaudiei » ou « lo tino » , munie dans sa partie basse d’un robinet.
Le linge humide est mit dans cette cuve et il est recouvert d’un sac de toile rempli de cendres de bois autres que de châtaigner, car alors le linge serait tâché.
L’eau bouillante de la chaudière est versée dans « lo tino » au moyen d’un casserole à grand manche de bois, le « panlou ».
Le liquide se répand dans le linge, c’est le « lessi », dont l’action va chasser les impuretés.
La laveuse va continuer le transfert constant de l’eau bouillante dans « lo tino » réorganisant la chaudière de l’eau tiède qu’elle récupère par le robinet jusqu’elle estime que la lessive est « cuite ».

 

Le rinçage.

        On retire le linge refroidi et avec une brouette on le ramène au bord de l’eau courante. A grands coups de battoirs, le « peiteu », elle frappe violemment le linge sur la pierre pour évacuer l’excédent de « lessi ». C’est le rinçage, opération spectaculaire représentant en général les cartes postales.

        Pendant que les bras travaillent, les langues sont libérées et potins et cancans sont rythmés par le bruit des battoirs.

 

L’essorage.

       Le linge retiré de l’eau s’étant un peu égoutté sur les tréteaux, on procède à son essorage par des torsions que les laveuses réalisent à deux. Puis il faudra l’ « eipandre ».

 

L’étendage.

       Le linge est « eitendu » sur l’herbe ou « loup lai » (la haie). Mais aussi suspendu  dans l’étendoir, lieu comportant des piquets reliés entre eux par des branches de coudrier. Parfois des fils de fer, mais qui pouvait tacher le linge.
 Il était maintenu par des pinces à linge, sortes de clavettes formées de petites baguettes de noisetier fendues en deux à la hauteur des nœuds du bois, « lo chevillo ».

 

Le séchage.

        Quand le temps menaçait, l’étendage se faisait dans le grenier ouvert aux quatre vents. S’il faisait beau, on mettait les draps sur des bâtons glissant sur des perches à l’extérieur des greniers. Parfois, les laveuses étaient regroupées sous la coupe d’une patronne qui, assurait le reprisage du linge, le repassage ou l’empesage avec des équipes spéciales en ateliers.

 

Livraison du linge.

        Le linge propre était rapporté au domicile des employeurs qui contrôlaient les pièces ramenées sur le carnet de lavage. Le transport se faisait comme à l’aller dans « lo serpiliro » reposant sur le dos et attachée autour du front.
Puis la lavandière était payée ou on remettait une équivalence de denrées (comme cela se passait avec les tripières).
Les enfants accompagnaient leurs mères, vivaient constamment au bord de l’eau en maîtrisant tous les dangers tous les dangers. Ils jouent et courent sur les berges en pentes douces sans que personne ne s’en soucie.
Certains se baignent même dans la Vienne et deviennent d’excellents nageurs.

 

Explication technique.

        Au début du vingtième siècle, les grandes lessives se faisaient deux a trois fois l’an : en juin à la veille des moissons et en novembre à la fin des derniers travaux. Les femmes utilisaient alors des cendres blanches, car elles contiennent des sels minéraux (potassium et sodium) qui, trempées dans l’eau chaude, se transforment en alcalis, carbonate de potassium et carbonate de soude : base des lessives actuelles.
 Toute l’année, les femmes recueillaient les cendres qu’elles recuisaient pour les affiner et brûler les brindilles de bois  qui jaunissent la lessive ; La veille de le lessive, si la quantité de cendres était insuffisante, elles en achetaient aussitôt chez le boulanger ou à la tuilerie.